Hemond & Soucy Genealogy
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Robert Edmunds et ses descendants



HISTOIRE  DE ROBERT EDMUNDS ET DE SES DESCENDANTS EMOND – HEMOND



1 - AVANT-PROPOS

      Se lancer à la recherche de ceux qui nous ont donné la vie, c'est accepter le risque d'être mis en face de bien des surprises et de rencontrer d'innombrables problèmes. Pour retra­cer mes ancêtres, j'ai été confron­té à de nombreuses difficultés d'ordre orthogra­phique car, pour accéder d'une génération à l'autre à partir du patro­nyme Hémond qui est le mien, j'ai dû relever les Emond et les Edmond, les Aimond et les Aymont, les Haimond et les Haymond et combien d'autres variantes de ce nom. Il m'a fallu examiner les registres de bien des paroisses pour y retracer les actes de baptême, de mariage et de sépulture des membres de la famille avant d'atteindre au pionnier de notre branche au Canada.


      J'avais imaginé, comme tant d'autres citoyens de ce pays, que notre ancêtre avait quitté quelque province du vieux pays de France pour s'établir en la nouvelle France. J'ai pensé que je découvrirais le moment où il avait fait la traversée et dans quelle circonstance il avait franchi l'Atlantique. Mais l'appari­tion subite d'un Jean-Baptiste Edmon, marié à Marie Kelly, m'étonna et la rencontre de l'étrange patronyme Edmund paraissait ne devoir rien à la France, même s'il portait le prénom de Jean-Baptiste. Je changeai de cap et je fouillai le résultat de la recherche d'Emma Lewis Coleman qui s'était évertuée à identifier les colons de la Nouvelle-Angleterre qui avaient été faits prison­niers des Abé­naquis avant d'avoir été rachetés par des Français résidant à Québec à la fin du XVIIe siècle. Il ne fut pas difficile de me convaincre que mon ancêtre était de souche britannique.


      Après avoir étudié soigneusement son ouvrage, j'ai dû fréquenter biblio­thèques et centres d'archives pour en appren­dre davantage sur cette histoire. Je me suis même rendu à Boston afin d'y chercher d'éventuels docu­ments qui devaient concerner Jean-Baptiste Edmond. Si je n'ai rien trouvé à son sujet, j'y ai découvert une docu­mentation importante sur son présumé père, Robert Edmunds, qui a été maître de vais­seau sur la rivière Kennebec. C'est grâce à ces docu­ments que j'ai pu rédiger ce succinct histo­rique de nos ancêtres en Amérique. 


Robert Hémond    
 



2 - ROBERT EDMUNDS (1628-1717)
Edmunds est un nom gaélique et anglais spécialement sur le canal de Bristol (England)

  • 1628, année probable de naissance
  • 1635, employé dans les pêcheries de Matthew Craddock à la rivière Saco (Maine)
  • 1664, pêcheur à la rivière Kennebec où il acquiert des terrains de Thomas Atkins
  • 1665, serment d'allégeance le 8 septembre au roi d'Angleterre
  • 1667, sommé de se présenter à la cour de Casco pour avoir voyagé le dimanche
  • 1668, milicien de Kennebec sous le capitaine John Rowden
  • 1674, prestation du serment de fidélité à Pemaquid
  • 1682 acquisition d'une propriété à Boston le 14 octobre
  • 1688, maître de vaisseau de pêche à Sagadahoc
  • 1690-91, administrateur de la propriété de son fils Thomas
  • 1695, remariage à Boston avec la veuve Rebecca Pasmore
  • 1713, vente à William Hobby des lots de son fils Thomas
  • 1717, décès à Boston le 19 novembre


Thomas EDMUNDS, son fils (1665-1715)


  • Naissance vers 1665
  • Disparition le 5 août 1689 lors de l'invasion de Pemaquid
  • Retracé à Québec en 1695 et renommé Jean-Baptiste Edmon
  • Sa femme est Marie Kelly, fille de Reynald Kelly
  • L'administration de ses biens est confiée à son père
  • Décès à Québec en 1715

 

L'apparition de Jean-Baptiste Edmon à Québec[1]

       Le nom de Jean baptiste edmon apparaît, pour la première fois en Nouvelle-­France, le 5 novembre 1695, dans l'acte de baptême de sa fille, Marie Margueri­te. Il figure de nouveau aux registres[2], treize jours plus tard, lorsque Jean baptiste aidmont présente Charles‑Jean sur les fonts baptismaux et c'est le même Jean Baptiste edmon qui fait baptiser un troisième enfant le 11 février 1697. Dans la marge des trois actes, on a inscrit Edmont, Edmond et Edmond comme patro­nyme. A la sépulture de Charles‑Jean, le 28 novem­bre 1695, Jean‑Baptiste est écrit aidmont alors que le nom de Aimont dans la marge est mis entre parenthèses pour être remplacé par le patronyme Edmund. Quelles que soient les variations orthographiques de son nom, le nouveau venu à Québec est le plus souvent identifié sous le patronyme EDMOND et son épouse, dont le nom accompagne le sien dans tous les actes, est écrit Marie quelay, chelay ou Kelet. La présence de ces nouveaux citoyens a déterminé Mgr Cyprien Tanguay à consacrer, dans son dictionnaire généalogique[3] des familles canadiennes-française, une rubrique à EDMUND Jean et KELLY Marie.

       Non seulement la consonance de ces patronymes laisse deviner leur origi­ne étrangè­re, mais l'acte de baptême de leur fille aînée aux registres de Québec le révèle d'une façon explicite:

       Bapt. Marguer. Marie Edmon Angloise 

      Le cinquiesme jour du mois de novembre de l'an 1695 a été baptisée par moy françois Dupré curé de québec marie marguerite âgée de dix sept mois ou environ née en la nouvelle angleterre fille de jean baptiste edmon et Marie quelay sa femme le parrain a été claude simbola et la maraine marie lasnon femme de  pierre ferret lesquels ont déclaré ne sçavoir signer.

 françois Dupré                       

       Jean‑Baptiste Edmond et Marie Kelly ne sont pas les premiers Anglais à fouler le sol de la nouvelle France, beaucoup d'autres les ont précédés dans leur nouvelle patrie. En 1692, le Gou­verneur de Fronte­nac et l'intendant Bochart de Champigny se plaignaient déjà au ministre du Roi de France d'avoir eu assez de peine jusqu'ici de contenir les Anglais prisonniers ou rachetés d'entre les mains des Sauvages, de les empêcher de se sauver et de se retirer chez eux[4]... Aux requêtes présentées en 1691 par le gouverneur Stoughton de Boston et le Sieur de Nelson de leur donner la liberté de retirer leurs captifs d'entre les mains de nos Sauvages[5], le ministre répondait l'année d'après qu'il fallait procéder à des échanges[6], ordre qu'il répétait en 1693: Vous devez garder les prisonniers que vous pourrez faire sur les Anglais pour parvenir plus facilement à les obliger à relascher les nostres[7]. Québec était devenu, depuis des années, un havre pour les prisonniers faits en la nouvelle Angleterre.

       Mais, en cet automne 1695, ... sur la demande que le gouverneur de Boston avait faite l'automne dernier de traiter... de l'échange des prisonniers[8], vingt-deux sont rendus à Matthew Carey, chargé de les rapatrier. Ce monsieur rapporte un message du gouverneur de Québec à son homologue de Boston, message qui se lisait ainsi: Je ne laisse pas par avance de vous renvoyer tous ceux qui se sont trouvés en volonté de s'en retourner[9].

       Tous ne sont donc pas partis et, effectivement, au moins quarante-deux restent aux mains des Français du Canada[10], d'après une liste qu'en a dressée Matthew Carey. Ils sont tous originaires de la Nouvelle-Angleterre. Comme les noms de Jean-Baptiste Edmond et de Marie Kelly ne figurent sur aucune liste, il paraît alors confirmé que leur apparition à Québec est postérieure à cet échange survenu vers le 10 octobre; ils apparaissent à Québec en novembre. Qui sont donc ces nouveaux arrivés et d'où précisément viennent-ils?

       A la suite de recherches poussées pour identifier et retra­cer les familles de ces prisonniers, Emma Coleman[11] a trouvé deux patronymes, celui de Robert Edmunds et celui de Reynald Kelly au nombre de ceux qui avaient prêté le serment de fidélité à Pemaquid, en 1674. Le Maine et le New Hampshire avaient été des pays d'élection de marchands et d'ambitieux rejetons de la petite noblesse qui envoyaient ou amenaient avec eux des groupes de pêcheurs et de manoeu­vres[12].

       Pemaquid, un fort construit par les Anglais, était en quelque sorte devenu le chef‑lieu de la région de Sagadahoc[13], la plus orientale des colonies anglaises de la Nou­velle‑Angleterre. Les tentatives faites pour y installer un gouvernement avaient rencontré des difficultés presque insurmontables. Aussi, le gouvernement de Bos­ton était intervenu et exigea que les officiers du nouveau comté de Devon[14] fussent choisis parmi ceux qui auraient prêté le serment de fidélité. C'est ainsi que Robert Edmunds et Reynald Kelly sont choisis pour représenter respectivement Sagadahoc et Monhegan sur les bancs de la cour de Pemaquid[15].


Robert Edmunds fut un pionnier en Amérique

       Au sud de Pemaquid, apparaît l'île Monhegan qui est peuplée de pêcheurs dès 1623. L'un de ses principaux habitants est John Dollen (aussi orthographié Dalling ou Darling); né en 1626 -il a plus ou moins 49 ans en mars 1675-1676 - il est, en qualité de sergent, assermenté comme constable pour l'île Monhegan; il recevra plus tard le titre de maître pêcheur. Marié à Grace Gridley, fille de Richard et de Grace Bendall, John Dollen ne compte apparemment que des filles dont l'une, Grace, épouse Dennyse Hegeman[16] à Pemaquid et l'autre, Johanna, devient, en 1660, l'épouse de Reynald Kelly[17], un autre maître pêcheur de Monhegan qui siège à la cour d'accusation en 1674 avec Robert Edmunds[18].

       Quant à ce Robert Edmunds, né vers 1628, il est déclaré en 1635 pionnier de la rivière Saco[19], où il est employé dans les pêcheries de Matthew Craddock, un riche marchand de Londres et premier gouverneur de la colonie du Massachussets[20]. Quand le duc d'York hérite en 1664 de New York et de Sagadahoc, Robert Edmunds est sur la rivière Kennebec où il acquiert de Thomas Atkins, cette même année, un premier terrain marécageux au sud de Cox Head et au nord de Popham's Beach, et pronon­ce, le 5 septembre 1665[21], le serment d'allé­geance au roi d'Angleterre. Poursuivi pour avoir voyagé le jour du Seigneur, il est présenté le 1er octobre 1667 à la cour tenue à Casco. En 1668 et en 1673, il fait de nouvelles acquisi­tions de terrains tout aussi marécageux en face de Burnt Island, dans la future ville de Phippsburg.

       Si rien ne permet, explicitement, de soutenir que Robert Edmunds et Reynald Kelly aient quelque affinité sanguine avec Jean‑Baptiste Edmond[22] et Marie Kelly, il est des indices qui rendent l'hypothèse plus que vraisemblable. Les âges de 10 et 13 ans qu'auraient eu, en 1674, Jean-Baptiste Edmond et Marie Kelly, d'après leur acte de sépulture, correspondent bien à ceux des enfants de ces adultes d'âge mur: le premier serait né en 1664 et la seconde a effectivement vu le jour en 1661. Si Jean‑Baptiste était cordier de vocation, comme il est déclaré au contrat de mariage de son fils, ce métier répond bien à l'une des occu­pations des habitants de Sagadahoc. Situé sur la côte de l'Atlantique, Sagadahoc comptait déjà, vers 1650, 20 fermiers et 10 bateaux, affirme Silvanus Davis[23].

       L'implantation des colonies anglaises a été difficile et les habitants de la Nouvelle‑Angleterre ont dû subir les assauts des Abénaquis dont les ré­voltes, avoue Herbert M. Sylvester, aient des abus commis à leur endroit par les premiers navigateurs, puis du mépris de leurs droits par les colons[24]. Les Anglais s'adonnèrent à un commerce méprisable: l'escla­va­ge des Sauvages capturés[25], ajoute-t-il. Une guerre éclata le 11 août 1676. Les Abénaquis répandirent la dévastation et semèrent une terreur telle que la population de la région de Sagadahoc dut se replier sur des villes et agglomérations en direction de Boston. Plus tard, les habitants de la région de la rivière Kennebec ont dû entreprendre des démarches afin de récupérer leurs propriétés: Robert Edmunds a déposé le 14 avril 1680 une réclamation pour chacun des trois terrains dont la description[26] figure dans le registre du Maine. Comme pêcheur devant se rendre souvent à Boston pour y écouler ses prises auprès des marchands de poisson, Robert Edmunds s'engage le 10 octobre 1682, pour lui-même et pour ses héri­tiers, de se porter acquéreur pour 70 livres d'un lot de John Brockings dans la cité de Boston. La propriété compte 31 pieds sur 43 d'est en ouest, face à une ruelle située aux confins nord de la ville[27]. A 54 ans, Robert Edmunds n'a sûrement pas l'intention de prendre sa retraite puisqu'il est reconnu maître de vaisseau de pêche en 1688, six ans plus tard.


Thomas Edmunds est le fils de Robert Edmunds

       La guerre de 1676 a affaibli les Abéna­quis qui ont cessé les hostilités. Ils ont toutefois cherché pendant des années l'occasion d'étancher leur soif de juste revanche[28]. En 1688, douze ans plus tard, les Anglais de la Nouvel­le-­Angleterre voient partout des ennemis qui sèment la destruction et la mort. Le Roi de France se dit bien aise de profiter de leur haine pour les Anglais... pour les employer à faire une forte et continuelle guerre[29] et on ne saurait dire, écrit Frontenac, les ravages que ces Sauvages font à cinquante lieues autour de Boston[30]. Villebon, de son côté, écrit que depuis deux ans nos sauvages alliés ont ruiné et brûlé plus de trente lieues de pays depuis le fort de Pemaquid en direction de Boston[31]. Et Champigny déclara au ministre que toutes les campagnes étaient abandon­nées, que les vieillards, femmes et enfants étaient retirés à Boston et à Manhate[32]. Une nouvelle guerre a éclaté le 5 août 1689 et, de ceux qui ont survécu au massacre, bon nombre sont faits captifs et doivent, dans une marche plutôt forcée, suivre leurs rudes vainqueurs vers une destination qui leur est inconnue. Grace Hegeman, belle-soeur de Reynald Kelly, et Mary sa fille marié à Thomas Edmunds, le fils de Robert Edmunds, viennent d'être définitivement arrachés à leurs proches et éloignés de leur pays. Le territoire est entière­ment abandonné après la destruction des villes par les Indiens en 1690[33]. Convaincue de ne plus revoir Thomas Edmunds réapparaître vivant, la cour des assistants de Boston confie l'administration de ses propriétés de Sagadahoc à son père, Robert Edmunds, en mars 1690-1691. 

       La capture des survivants par les Abénaquis permet d'imaginer, et il y eut des témoins pour affirmer que, traînés dans les bois, les captifs étaient confinés à un village et confiés à une personne, comme c'était la coutume chez les Indiens. Leur séjour pouvait durer des années où certains y étaient durement traités et parfois même battus[34]. Si les femmes portaient un enfant qui les gênait dans leur marche, elles pouvaient se le voir arraché pour être tué[35], et la jeune mère, obligée d'accoucher, de­vait le faire en plein air, même en hiver[36]. C'est à la suite d'une telle aven­ture que des prisonniers, conduits et vendus à Québec, comme l'affirment la déclara­tion et l'expé­rience de Grace Hegeman, la tante de Marie Kelly. Après avoir passé trois années au milieu des Abénaquis du village de Pentagoët avant d'être rache­tée par les Français, Grace Hegeman avoue avoir été bien traitée par ses libéra­teurs, avoir obtenu sa liberté et une allocation de subsistance[37]. En 1693[38], elle a fait baptiser à Québec son fils, Joseph Egman. Le 4 sep­tembre 1694, elle est dirigée sur Port-Royal où elle passe l'hiver et est reconduite à Boston en mai 1695 par Abraham Boudrot[39].


Thomas Edmunds, renommé Jean-Baptiste Edmon

       L'arrivée à Québec de Thomas Edmunds et de Mary Kelly avec leur fille à l'automne de 1695 met fin à une éprouvante et pénible aventure, mais ne leur permet pas de rencontrer leur parente. La prise en charge des nouveaux venus paraît avoir été assumée par le Séminaire de Québec qui soulageait d'autant Frontenac et Champigny qui se plaignaient, en 1692, que la nourriture et l'entretien de l'assez grand nombre de prisonniers anglais... leur avaient été fort à charge[40]. Si le Séminaire ou le gouvernement de la Nouvelle‑France n'avait pas apporté son soutien à Jean‑Baptiste Edmond, comment aurait‑il pu, en moins d'un an seulement après son arrivée à Québec, payer à l'avance neuf cordons de bois? Il a en effet fait assigner un nommé Lacroix à comparaître... pour être condamné à rendre et restituer sept cordons de bois de chauf­fage qui manquaient sur neuf qu'il lui devait livrer et qui lui ont été payés[41].

       Jean‑Baptiste Edmond et Marie Kelly semblent avoir pris le parti de s'établir en Nouvelle‑France. Après un nouvel échange de prisonniers, en 1698, Frontenac et Champigny écrivent au ministre que les envoyés de M. de Bello­mont, gouverneur général de la Nouvelle-Angleterre ... ont repris ceux des prisonniers qu'ils avaient parmi nous à la réserve de quelques-uns qui sont établis dans la colonie et qui ont embrassé la religion catholique[42]. Jean-Baptiste et Marie ne sont pas partis et ne se sont pourtant pas convertis: leurs noms ne figurent pas au Registre des abjurations[43]. S'ils l'avaient fait au cours d'un séjour dans un village abénaquis, ou même ailleurs, ils y auraient par la même occasion fait baptiser leur fil­le sans attendre d'être présents à Québec. Et si leur premier geste à Québec est de la porter à l'église, ne peut‑on pas présumer que l'un des partis, au moins, était déjà de religion catholique. Cet­te prétention paraît d'autant plus fondée que certains actes insistent pour af­firmer que Marie Kelly est irlandaise (Kelly: un surnom irlandais distinctif[44]) comme si on assimilait irlandais et catholique.

       S'il est vrai qu'aussi tôt qu'en 1650, il était de pratique courante pour les Irlandais de voyager dans de légères embarcations, des ports d'Irlande pour Liverpool, et d'emprunter ensui­te des vaisseaux plus grands pour le long voyage vers l'Amérique[45], il n'est pas étonnant de trouver, en Nouvelle‑Angleterre, des colons de religion catholique. Est‑ce parce que Jean-Baptiste Edmond et Marie Kelly n'auraient pas été comptés au nom­bre de ceux qui ont embrassé la religion catholique qu'ils ne jouiront pas des avantages accordés à ceux qui vous supplient... de leur accorder des lettres de naturalité afin de pouvoir être réputés Français30. Effectivement, lorsque Sa Majesté leur envoie les lettres de naturalité qu'elle a accordées aux anglais Catholiques[46], douze ans plus tard, leur nom n'y figure pas[47].

       Pendant quinze ans, de 1697 à 1712, le plus grand mutisme entoure leur exis­tence. Le recours de Jean‑Baptiste Edmond aux services de Me Du Breuil, notaire du Séminaire, peut laisser croire qu'il fut lui‑même à l'emploi de cette insti­tution. Un acte, où son fils est dit natif de Saint‑Joachim, peut renforcer cet­te présomption que Jean‑Baptiste aurait pu être engagé à la ferme de Saint‑Joa­chim. Mais les Archives du Séminaire, d'une part, ne mentionnent rien à son sujet et Mgr Gosselin, qui a copié les engagements dans les livres de compte, d'autre part, n'ouvre son cahier que le 9 avril 1705 et explique les lacunes subséquentes par le fait que le brouillard entre 1711 et 1715 n'a pu être retrouvé[48]. Rien ne s'oppose à ce que Jean‑Baptiste ait consacré ses premières années à Québec au servi­ce du Séminaire pour s'adonner par la suite à l'exercice d'un autre métier. On peut alors ajouter foi à la déclaration inscrite au contrat de mariage de son fils, à savoir que son père a exercé le métier de cordier, c'est‑à‑dire qu'il était un ouvrier capable d'assurer, par filage et par torsion de fils, la fabri­cation de cordes. On ne saurait toutefois préciser s'il fut un artisan indépen­dant ou un employé de l'Etat ou de quelque entreprise maritime. Jean-Baptiste continue avec sa famille à mener en toute simplicité la vie ordinaire de tout honnête ci­toyen.


Dernières années de Jean-Baptiste Edmon

       En 1713, l'année suivant le mariage de sa fille aînée avec François Marec, Jean-Baptiste Edmond ignore que, le 23 juin, l'administration de sa propriété de Sagadahoc est confiée à son père qui vit toujours à Boston, ces biens seront finalement vendus à William Hobby[49]. Moins de deux ans plus tard, le 23 février 1715, il s'éteindra à Québec et ses obsèques auront lieu le lendemain, en l'église Notre-Dame de Québec:

         S. Jean Baptiste Edmond

      Le 24e fevrier 1715 a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse Jean baptiste Edmond âgé d'environ cinquante ans decedé le jour precedent après avoir reçû les sacremens de l'Eglise; lade inhumation faite par moy soussigné   vicaire de lade paroisse et Chanoine de la Catedrale en presence de Mrs LePage et Jorian Ecclesiastiques.

Goulven Calvarin ptre                          

       En quittant définitivement le pays qui l'accueillit, Jean-Baptiste Edmond, laisse la femme qui l'a accompagnée, Marie Kelly, et ses deux filles de 21 et 18 ans ainsi qu'un fils de 17 ans, portant lui aussi le prénom de Jean-Baptiste dont le baptême, consigné dans les registres de Saint-Joachim de Montmorency, a été oublié avec la disparition des registres[50]. Jean-Baptiste, père, ne sait cependant pas que son propre père, Robert Edmunds, qui s'est remarié à Boston le 26 mars 1695 à la veuve Rebecca Pasmore, le suivra deux ans plus tard dans le tombe, soit le 19 novembre 1717.

       Marie Kelly, de son côté, survivra plus de vingt‑cinq ans à son mari. Il n'en sera plus fait mention, sauf dans quelques rares affaires de famille et dans les registres qui retiennent la date ultime de son existence:

       Le vingt septieme juin mil sept cent quarante et un a été inhumé dans le cimetière le corps de Marie Quelé agée de quatre vingts ans irlandoise veuve de Jean Baptiste Emond decedée le jour precedent après s'être confessée...


3 - LA DEUXIEME GENERATION

 
Marie‑Marguerite et Marie‑Madeleine

       En 1712, la famille de Jean-Baptiste avait été tirée de son ordinaire quotidien par un événement relativement exceptionnel: le 12 juin, Jean‑Baptiste invite le notaire Du Breuil et le reçoit à sa résidence de la rue Champlain pour rédiger le contrat de mariage de sa fille aînée, Marie-Marguerite. Ce jour‑là, elle s'engage à Joachim Marec dit Lamontagne, soldat de la compagnie de Tonty, à vivre sous le régime de la communauté de biens[51] et, le lendemain, les deux se promettent fidélité, en l'église paroissiale Notre-Dame[52].

       Quant à la seconde, Marie, baptisée Marie‑Claire et identifiée Marie‑Madeleine dans certains actes notariés, s'inscrit, le 26 juillet 1715 dans la Confrérie de Sainte-Anne[53]. Le 27 octobre suivant, elle passe un contrat de mariage avec Jacques Cotard, fils d'un maître de barque de Brouage, âgé d'envi­ron 28 ans. Comme le futur époux espère de faire voyage avant la célébration dudit mariage a, au cas qu'il vint à mourir... fait donation de tout ce... qui se trouve lui appartenant en ce pays à ladite épouse[54]. Cette clause ne sera pas exécutée puisqu'il revient; lui et Marie célèbrent leur mariage le 20 janvier 1716. Comme Marie vient de changer d'état civil, elle s'inscrit de nouveau dans la Confrérie, mais sous le nom de Marie Baptiste, femme La Cotar53.

       En cette même année 1716, Marie est recensée, comme sa soeur Marguerite, sous le patronyme Baptiste, toutes les deux habitant la rue De Meules et Champlain, à deux portes l'une de l'autre.  Le numéro de famile 336 retient les noms de Jacques Cotard, 24 ans, et Marie Baptiste, 20 ans; au numéro 340, on peut y lire les noms de Joachim Marec cabaretier, 40 ans, et de Marguerite Baptiste, 22 ans, et leurs enfants François et Marie, respectivement âgés de 3 ans et de 1½ an. Le nom de leur mère Mary, alors qu'elle n'aurait que près de 55 ans et son fils de 18 ans, leur frère, ne sont mentionnés nulle part, sauf peut-être en ce qui concerne le Jean-Baptiste 19 ans[55], domestique de la maison de la veuve Marie-Catherine Ruette d'Auteuil et de son frère de la rue Saint‑Louis.

       Un événement tragique frappe la famille Marec, en juillet 1719. Marie‑Margue­rite est prévenue de la disparition de son mari dans les eaux du fleuve. Il n'est découvert et inhumé qu'une quinzaine de jours plus tard[56]. Elle survit avec trois enfants de six, quatre et un an et en attend un quatriè­me[57]. Elle se remariera le 7 janvier 1721 avec Pierre Depois, âgé de 36 ans[58] et originaire de Saint‑Médard de Paris. En mai 1723, les époux Depois sont élus tuteurs des enfants Marec et, en novembre, il est procédé à un inventaire des biens de la communauté du dé­funt[59]. Cordonnier à ce moment, Pierre Depois dit Parisien sera tour à tour cabare­tier[60], garde du port[61], aubergiste[62] pour reprendre son métier de cordonnier[63] en 1736, avant de revenir à l'aubergerie[64]. Au cours de leurs quinze premières années de mariage, les Depois ont perdu six de leurs sept enfants[65], dont trois au cours de l'épidémie d'avril‑mai 1733[66]; ils ont marié à Pierre Courtin[67], futur huissier du Conseil Supérieur de Québec[68], l'unique survivante, Marie‑Anne Marec.

       Pendant que Marie‑Marguerite était partagée entre des événements heureux et douloureux et qu'elle est témoin de l'instabilité d'emploi de son mari, sa soeur Marie semblait mener jusque‑là une vie sans histoire, depuis le décès de son fils unique en 1718[69]. En 1736, elle fait son testament[70] avec son mari qu'elle perd bientôt. Elle quitte la Confrérie de Sainte-Anne en 1739 et un service lui est fait de son vivant le 9 juillet53, plus de trois mois avant son admission à l'Hôtel-Dieu de Québec. Elle ordonne alors, dans un nouveau testament, qu'il lui soit dit cent basses messes... par les révérends pères Récollets... que son corps soit inhumé dans le cimetière des pauvres dudit Hôtel-Dieu[71]. L'inventai­re révèle qu'elle laisse plus de dettes qu'elle n'a de biens[72]. Son décès et sa sépulture sont consignés dans le Registre mortuaire de l'Hôtel‑Dieu[73] : Hémon, Marie 39 ans, veuve Coutard, native de Boston s 6-7 novembre 1739[74].

       Marie‑Marguerite ne survivra pas longtemps au décès de sa soeur. Elle sera d'abord témoin de la mort de sa mère survenue en juin 1741 et, sept semaines plus tard, le 16 août, elle partira à son tour laissant son mari et leur fille de six ans. Voici en quels termes les registres l'annoncent:

                 Le dix septième d'août mil sept cent quarante et un a été inhumé dans le cimetière le corps de Marguerite Emond femme de Parisien De Poix âgée de 48 ans decedée hier après avoir reçu les sacremens de l'Eglise...

 

Jean-Baptiste Emond/Hémon

       Au décès de Marie-Marguerite Emond, après la disparition de sa soeur et de leur mère, la succession retrace l'ancien domestique Jean-Baptiste de la veuve Catherine d'Auteuil dont le remariage[75], vers 1717, l'a obligé à chercher refuge ailleurs. Le notaire Dufresne l'identifie comme  Jean-Baptiste Emond, natif de la paroisse Saint-Joachim proche de Québec, fils de Jean-Baptiste Emond, vivant maître cordier. Jean-Baptiste, fils, se présente donc à 45 ans avec sa fem­me, Louise-Marguerite Gibault, dans le but de régler la succession de feu Jean-Baptiste Emond son père, la succession de feue Marie Emond femme de Cotard et celle de Marguerite Emond, soeurs, femme de feu Parisien... dont ils sont les seuls héritiers desdits dénommés ci-dessus[76].

       Jean-Baptiste a épousé la fille de Jean Gibault, lui-même fils de Gabriel dit Poitevin, soldat de la compagnie de Saurel du régiment de Carignan et originaire de Lusignan, département de la Vienne. Gabriel[77] avait reçu en 1674, de M. de la Valtrie, une concession de soixante arpents de superficie le long du fleuve[78]. Il y est recensé en 1681 avec sept enfants; il a quatre bêtes à cornes, 12 arpents en valeur et un fusil[79]. Jean, l'aîné alors âgé de 13 ans, est confirmé cette même année[80] et se marie en 1692[81] avec Anne Paviot, la fille aînée d'un soldat de la compagnie de Lafouille du même régiment, Jacques Paviot dit Lapensée. C'est de ce mariage qu'est issue la future épouse de Jean-Baptiste Hémon à qui le père vient d'accorder la main, Louise-Marguerite.

       Le contrat, passé le 7 août 1718, présente l'époux comme étant Jean-Baptiste Hémon en cette ville, fils de feu Baptiste Hémon, cordier de vocation, et Marie Quelay, sa femme, de la paroisse de Québec... qui prend pour femme Louise-Marguerite, la fille du farinier Jean Gibault et d'Anne Paviot, sa femme qui stipulent pour elle, à ce présent et de son consentement...[82] Farinier ou meunier, le beau-père lui sert d'exemple, lui qui a trouvé les moyens de subsistance suffisants pour élever les neuf enfants qui ont survécu aux seize que sa femme a mis au monde. Le couple a donné l'impression d'être à l'aise lorsque ledit Gibault et sa femme ont promis et promettent donner et fournir dans le cours de la présente année à la future épouse la quantité de trente-cinq minots de blé froment pour leur subsistance et un buffet à leur usage, un cochon, une couverte catalogne presque neuve et un lit garni tel qu'elle s'en sert actuellement... Une telle dot et la vache que donne la cousin de la future épouse contrastent étrangement avec le silence fait sur l'apport du futur époux; il est permis de conclure que Jean-Baptiste Hémon est alors matériellement dépourvu.

       Le fait de constater sa présence dans la famille Gibault n'indique pas le motif qui l'y a mené. Mais ce contrat fait et passé audit Villemarie dans la maison d'Etienne Gibault introduit un élément susceptible de jeter un peu de lumière sur ce mystère: Etienne a, en 1710, épousé[83] une Anglaise de Québec nommée Marie-Marguerite Haustein, faite captive elle aussi en Nouvelle-Angleterre[84]. Contrairement à Jean‑Baptiste Edmon, elle a fait connaître son lieu d'origine; elle vient de York, Maine[85]. Que Jean‑Baptiste Hémon l'ait connue, du moins par son père, paraît plausible car l'ordonnance qui fait défense aux prisonniers anglais qui sont dans la ville de Québec de s'attrouper tant dans les rues que dans les maisons[86] enlève toute équivoque sur la faculté pour les prisonniers de circuler librement et de se retrouver entre eux. Il n'est donc pas alors exclu que Marie-Elisabeth Austin ait, après son mariage, entretenu des relations avec Jean-Baptiste Hémon, qu'elle l'ait même présenté à la famille de son mari qui l'aurait, en quelque sorte, adopté au point de l'intégrer par les liens du mariage.


Mariage en l'église de Ville-Marie

       Le mariage est célébré à l'église Notre-Dame de Montréal, le lendemain 8 août, et précise que Jean-Baptiste Haimon est âgé de 20 ans, tout comme sa jeune épouse[87], que ses père et mère sont bel et bien Jean-Baptiste et Marie Queslas. On peut penser qu'après leur mariage, les époux Hémon se sont installés chez leur oncle Etienne Gibault, rue de l'Hôpital. La rue de l'Hôpital, écrit Massicotte, est le tronçon d'une route qui ... finissait à l'Hôtel-Dieu (au sud‑est), bornée et alignée depuis la rue Saint-François jusqu'à la rue Saint-Jean[88]. Etienne Gibault y possède effectivement deux emplacements. Le premier, d'environ trente pieds sur environ vingt-cinq[89], est situé sur le côté sud de la rue; il est revendu en 1722. Le deuxième, de quarante-deux pieds sur le niveau de la rue de l'Hôpital et environ soixante pieds de profondeur, a été, d'après le Livre terrier, acquis de Mr de Radisson par Etienne Gibault ensaisiné le 17 août 1714, puis par Gabriel Gibault[90], mais sans qu'on n'en préci­se la date. Ce Gabriel Gibault possède, d'autre part, une maison de trente‑six pieds sur vingt sur la rue Saint‑Pierre[91]. Elle est le lieu d'élection du domicile de son père, à la suite d'une transaction[92]. Ainsi, si l'aveu et dénombre­ment de 1731 reconnaît deux emplacements à Gabriel et aucun à Etienne, certains actes mentionnent pour leur exécution la maison d'Etienne Gibault sise rue de l'Hôpital[93] comme domicile de l'une des parties.

       Jean‑Baptiste et Louise‑Marguerite ont, selon toute probabilité, habité avec Etienne pour le temps où celui‑ci est resté propriétaire de son deuxième empla­cement, soit jusque vers 1729: leur enfant baptisé l'année précédente l'est à Notre‑Dame et le suivant l'est à Pointe‑Claire en 1730. Ils auraient ainsi pas­sé dix ans dans le logis de Gabriel Gibault qui possède un emplacement de quarante-deux pieds de front sur soixante* pieds de profondeur sur lequel il y a une maison construite en bois à un étage de trente-deux pieds de front sur vingt-deux de profondeur, les surplus dudit emplacement étant en cour[94]. Situé sur le côté nord de la rue, cet emplacement était le deuxième à partir de la rue Saint‑Jean.


Jean-Baptiste choisit le métier de meunier

       Si Jean‑Baptiste Hémon est totalement démuni à son arrivée à Villemarie, il tient à gagner honorablement sa vie en choisissant le métier de son beau‑père. En 1722, son beau‑frère René Bénard devient preneur du moulin du fort à Lachine, alors qu'il l'est déjà de celui du Bout de l'Ile. Il convient avec les Seigneurs de l'Ile de Montréal de confier le moulin de Sainte‑Anne (en ville) à Jean‑Baptiste. Aussi, Le Sieur de Chaumaux a consenti que le nommé Hémond entre en sa place pour exploiter la ferme dudit moulin de Sainte-Anne qu'il tenait à bail pour trois années...[95]. C'est la première fois que Jean‑Baptiste Hémon prend la responsabilité d'exploiter un moulin à farine et René Bénard se constitue pledge et caution dudit Aymond envers lesdits Sieurs Seigneurs ce acceptant.

       Les bailleurs se montrent satisfaits de leur jeune preneur car ils ne parais­sent pas hésiter, en 1725, à lui renouveler le bail pour trois autres années et, cette fois, sans garant: Maurice Courtois a recon­nu et confessé avoir audit nom baillé et délaissé à titre de loyer du douzième mars dernier jusqu'à trois ans... et promet garantir faire jouir pendant ledit temps à Jean-Baptiste Aymond, farinier demeurant actuellement audit moulin de Sainte-Anne, à ce présent et acceptant... avec la maison attenante pour son logement...[96]

       Peut‑être par amour de son métier et peut‑être aussi encouragé par le succès obte­nu, Jean‑Baptiste Hémon s'enhar­dit et se lance dès l'année suivante dans l'ex­ploitation d'un autre moulin, situé celui-là à Boucherville. René Boucher, Sr de Laperrière... a volontairement reconnu et confessé avoir baillé par les présentes... à Jean-Baptiste Emon, maître farinier à ce présent et acceptant pour ledit temps de trois ans le moulin à vent de ladite dame Boucher situé audit Boucher­ville...[97] Pour être maître en un métier, il fallait avoir franchi deux autres étapes dont la première consiste en l'apprentissage. Si aucune mention n'en est faite, on peut fa­cilement deviner que Jean‑Baptiste s'y est soumis. On sait qu'en 1719 Messieurs du Séminaire de Saint‑Sulpice ont baillé à titre de ferme pendant trois années entières... à Jean Gibault... acceptant deux moulins à vent sis près de cette ville, l'un dit moulin du fort et l'autre de Sainte-Anne...[98] Il est pensable que le preneur Gibault ait considéré son gendre Jean‑Baptiste comme apprenti farinier au moulin de Sainte‑Anne. Sans le mot, le bail de 1722 en faisait ef­fectivement un compagnon; et voilà qu'en 1726, il peut se présenter comme maître.

       Vers la fin de cette même année, après avoir été mêlé à une alterca­tion, Jean‑Baptiste Hémon, est traîné en justice par Pierre Groux qui porte plainte contre lesdits Gibault, père, Joseph Réaume, Jean-Baptiste Emond et Pierre Gibault, fils, tous accusés d'avoir insulté, maltraité, meurtri de coups et déchiré ledit Groux...99. Les dépositions des témoins attestent que le nommé EMOND, meunier du fort près cette ville est arrivé audit moulin avec les deux fils de Gibaut qui ouvrent un petit baril d'eau de vie, rencontrent le père Gibault et retrouvent tous le nommé Groulx qu'interroge Gibault, père, en lui disant: "On me dit que vous disiez que les meuniers des prêtres étaient tous voleurs". Sur sa dénégation, le nommé Emond demande à son beau-père: "Qu'est‑ce qu'il dit, qu'est‑ce qu'il dit?" et donne un soufflet aus­sitôt audit Groux et se jette sur lui; geste répété par le nommé Pierre Gibault qui frappe aussi ledit Groux en disant : "J'en suis témoin, tu l'as dit". Après avoir été bousculé, le nommé Groulx porte plainte et les témoins sont appelés à donner leur version des faits. Les parties règlent finalement, en 1727, leur différend à l'amiable: lesdits Gibault, père, Emond et Pierre Gibault fils se sont obligés solidairement bailler, fournir et payer audit Groux, pour le dédommager et indemniser des frais, procédures et poursuites, la quantité de cent minots de blé et de deux minots pour émoluments des présentes alors que Réaume devra ajouter vingt‑cinq minots pour que la victime retire sa plainte[99].

       En 1728, c'est la fin du bail du moulin de Sainte‑Anne et, en 1729, de celui de Boucherville. Jean‑Baptiste ne paraît ne les avoir renouvelés puisque le moulin de Sainte-Anne est baillé[100] à Pierre Gibault en 1729. Jean-Baptiste a‑t‑il trouvé trop astreignantes les conditions posées par les propriétaires de moulins? A Boucherville, pour dudit moulin et de quatre arpents de terre en superficie et une douzaine de poules et oeufs, Jean-Baptiste doit entretenir ledit moulin de toutes menues réparations et, en outre, moyennant la quantité de quatre-vingt-huit minots de blé par chaque année... plus ... douze douzaines d'oeufs  et douze poules par chaque année... et à la fin dudit bail rendre autant de poules et coqs comme il a reçu et ledit moulin en bon état...98 Pour ce qui est de celui de Sainte‑Anne, Jean‑Baptiste devait entretenir ledit moulin et bâtiment de toutes menues réparations et payer la moitié de toutes les grosses... et, en outre, moyennant la quantité de cent minots de blé froment... et encore douze poules et douze douzaines d'oeufs pendant le cours de chaque année et un cochon de dix-huit mois aussi par chaque année... et à la fin rendre ledit moulin et ustensiles en bon état... avec les susdits douze poules et même lesdits deux cochons...97


Engagement de Jean-Baptiste Emond

       Comment Jean‑Baptiste s'acquitte‑t‑il de ses obligations? Il est difficile de le savoir. Cependant, treize ans après son mariage, deux documents laissent soupçonner ou qu'il n'a pas été très heureux dans l'exercice de son métier ou qu'il cherche un moyen de subsistance plus rémunéra­teur. Ainsi, en mai, 1731, Jean-Baptiste Emond, demeurant en cette ville, s'est volontaire­ment engagé à Messieurs Jean François Malhiot, François Poulin Franche­ville, Charles Nolan Lamarque et Ignace Gamelin... pour aller en qualité de matelot... aux Iles, en France ou autres lieux et destinations.. moyennant la somme de vingt livres par mois...[101] La destination montre clairement qu'il se met au service d'Ignace Gamelin, car Gamelin exploite un commerce de gros et de détail dans la région de Montréal... Il s'approvisionne à la Rochelle... pour le transport des marchandises entre la France, les Antilles et la Nouvelle-France, Gamelin et ses associés... peuvent compter sur leur navire, le Montréal...[102] Si un tel voyage a fait oublier à Jean-Baptiste Hémon ses soucis, il ne l'a pas tenu quitte de ses obligations.

       A l'automne de cette même année 1731, Jean‑Baptiste et sa femme reconnaissent une obligation à l'endroit des propriétaires de moulin: Le sieur Emond et Louise Gibault ont volontairement reconnu et confessé devoir bien et justement à M. Laurent Clérembert, prêtre et économe du Séminaire... la quantité de cent cinq minots de blé pour arrérages des fermages des moulins...[103] Cet engagement se fait avec dépens et avec la garantie de tout ce qu'ils possèdent, ainsi Laquelle dite quantité de cent cinq minots de blé lesdits débiteurs... ont promis rendre, bailler et payer à mesdits Sieurs Seigneurs à peine de tous dépens, dommages et intérêts, sous l'obliga­tion et hypothèque de tous leurs biens meubles et immeubles, présents et à venir qu'ils ont pour ce affectés, obligés et hypothéqués...

 


Jean-Baptiste devient meunier au moulin de l'Ile Perrot

       Il est probable que Jean-Baptiste ait honoré son obligation puisque ses créanciers, les Messieurs de Saint-Sulpice, lui accordent une concession, dans le rang Sainte-Marie du haut de l'île, con­cession qu'il délaisse en faveur de l'un de ses fils. En effet, Joseph vend, en 1743, une terre sise et située à la côte Ste Marie, paroisse de Ste-Anne, à lui appartenant comme l'ayant acquise de Sr Jean Bap­tiste Emond, son père, et aud. Emond à lui appartenant comme étant en jouis­­sance depuis quatre ans... sans contrat de concession de MM. les Seigneurs de Montréal...[104] Peut-on savoir ce qui a poussé Jean-Baptiste à abandonner sa terre? Aurait-il été pressenti pour s'occuper du moulin de l'Ile Perrot? Un moulin à vent a été élevé sur la concession de la seigneresse entre 1705 et 1714 et les habitants se croient en état, en 1740, de construire leur église.

      Jean-Baptiste est, en 1743, effectivement farinier au moulin de l'île perrot où il est établi avec sa famille: Joseph est, au moment de sa trans­­action, habitant de l'île perrot et Jean-Baptiste, un autre fils, est aussi habitant, demeu­rant à l'île perrot[105]. L'exploitation du moulin lui procure-t-elle des reve­nus suffisants pour assurer l'entretien de sa famille qui compte encore huit enfants, l'aînée ayant déjà quitté la maison. Aussi, lorsque lui parvient l'hé­ritage de sa famille, Jean‑Baptiste Hémon en vend aussitôt les droits au né­gociant Jean-Baptiste Leduc, époux de la Seigneuresse Cuillerier, ce qui lui permet de rembourser la somme de soixante et neuf livres et dix sols que lesdits vendeurs ont reconnu et confessé avoir reçu dudit acquéreur avant la passation des présentes dont quittance64.

      On ignore s'il a exercé longtemps son métier à l'Ile Perrot. Le seul acte qui mentionne par la suite le nom de Jean‑Baptiste Hémon ne fait pas état de sa profession: il est témoin au mariage de sa fille Marie‑Anne, le 5 mai 1749, et, le 20 avril 1750, il est por­té défunt à celui de son fils Joseph. A 52 ans, Jean‑Baptiste Hémon disparaît aussi mystérieusement qu'il est apparu, après une vie de labeur toute vouée à sa famille. Louise-Marguerite Gibault, sa femme, lui survivra presque dix ans. Elle sera inhumée dans le cimetière de la paroisse de Sainte‑Anne, le 27 mars 1759, les registres de l'Ile Perrot ne seront ouverts qu'en 1786.


La postérité de Jean-Baptiste Emond

       Des neufs enfants que laissent Jean‑Baptiste Hémon et Louise Gibault, on ne compte que trois filles: Louise épouse Paul Léger dit Parisien en 1741 et la famille s'établit à Vaudreuil en 1766[106] et leurs descendants se répandent dans la région; Marie‑Anne devient, en 1749, l'épouse d'Antoine Clément dit Larivière et leurs enfants n'attei­gnent pas l'âge adulte; Marie‑Joseph est entraînée à Détroit à la suite de son mari, Jean‑Baptiste Crête.

       Au nombre des garçons, Joseph, marié à Marie-Anne Sérat dit Co­quillard en 1750, qui a fait d'abord l'acquisition de la terre de son père à l'Ile Perrot, la vend en 1761. Il s'établit à Vaudreuil de 1773 à 1777, dépose sa famille à Montréal et devient voya­geur de métier; ses petits-fils meurent en bas‑âge. Antoine, établi à Vaudreuil en 1753 et François qui l'y rejoint, meurent célibatai­res, respectivement en 1786 et en 1704. Seuls Jean‑Baptiste, Joseph dit Joson et Etienne assurent une descendance qui se perpétue jusqu'à ce jour.

       Si Jean‑Baptiste Hémond, le troisième du nom, est attiré par le goût du voyage, il n'en fait pas un métier. Il épouse Angélique Moineau[107], petite‑fille de Michel Janmoneau de Dangé (Vienne), se livre à l'agriculture pendant quarante ans dans la seigneurie de Vaudreuil (1755-1795), où il est marguillier de la paroisse Saint-Michel. Il peut se réclamer d'être l'auteur des quatre générations de cultivateurs dans la presqu'île Vaudreuil-Soulanges: Hyacinthe, son fils, et Hyacinthe, son petit-fils, Joseph et Armand, aïeul et père de Donat Hémond. Quelques membres de ces générations vont aussi occuper des terres dans les comtés limitrophes de l'Ontario; d'autres traversent le fleuve Saint‑Laurent pour s'établir dans le comté de Beauharnois où certains se font navigateurs.

       Joseph dit Joson a pris lui aussi quelques engagements mais fut, à l'instar de son frère, cultivateur à Vaudreuil. Il a épousé Thérèse Lalonde[108], une jeune veuve qui lui donne quatre enfants dont un fils qui laisse une nombreuse posté­rité. L'un de ses petits‑fils, François‑Xavier, se transporte avec sa famille à Beauharnois alors que l'autre, Paul, vivant à Vaudreuil, voit trois de ses fils partir pour le comté de Gatineau où, travaillant dans les chantiers, ils fondent autant de foyers dont sont issus leurs descendants Emond, mais aussi Aumond.

       Etienne élit domicile à Lachine. Sa vie est de courte durée car il périt[109] au cours d'un voyage dans les pays d'en‑haut, après six ans de vie commune avec Marie‑Josephte Brunet dite Bourbonnais. Incidemment son petit-fils se noie dans le canal Lachine. Ses descendants s'implan­te­ront à Lachine pour quelques géné­rations avant de joindre Montréal.

           Tels sont des points de chute de la postérité de Jean‑Bap­tiste Edmon ou Thomas Edmunds au cours des générations subséquentes. Les jeunes générations d'aujour­d'hui ont généralement conservé le patronyme Hémond ou Emond. On rencontre encore des Aumond dans le comté de Gatineau.


Sources:
[1] Refonte d'articles parus dans les Mémoires de la Société généalogique canadienne-française, Vol. XXXII, No 1, jan-fév-mars     1981, p.3-18 et Vol. XXXV, No 2, juin 1984, p.121-123.
[2] Registres de la paroisse Notre-Dame en la ville de Québec.
[3] TANGUAY, Mgr Cyprien, Dictionnaire généalogique des familles canadiennes-françaises, Eusèbe Senécal, 1871, I, 223.
[4] Rapport de l'archiviste de la Province de Québec (RAPQ), 1927-1928, 111, Lettre de Frontenac et Bochart, 15 novembre 1692.
[5] RAPQ, 1927-1928, 72, Frontenac au Ministre, 20 octobre 1691.
[6] RAPQ, 1927-1928, 103, Ministre à Frontenac, avril 1692.
[7] RAPQ, 1927-1928, 136, Lettre du Ministre à Frontenac, 1693.
[8] RAPQ, 1928-1929, 278, Frontenac au Ministre, 4 novembre 1695.
[9]       Collections de Manuscrits... relatifs à la Nouvelle-France, A. Côté, 1884, II, 193, Frontenac à Stoughton, octobre 1695. D'après Emma Coleman, ce serait le 10 octobre 1695.
[10] COLEMAN, Emma Lewis, New England Captives carried to Canada, the Southwort Press, Portland, 1925, I, 74.
[11] Coleman, op. cit., II, 391, 392.
[12]     Genealogical Research, Methods and Sources by «The American Society of Genealogists», Milton Rubincam, Washington, 1960, 99.
[13]     Sagadahoc désignait un territoire peu défini où se trouve plus précisément Georgetown, situé à l'est de la rivière Kennebec et nommé comté de Devon en 1674.
[14]     Genealogical Research, 99: «La masse de ces émigrants est venue des comtés du Sud-Ouest de l'Angleterre: Cornwall, Devon, Dorset, Somerset».
[15]     New England Historic and Genealogical Register, Boston, 1965: The «Eastern Lands» of New Plymouth and Massachusetts Bay by Anne Borden Harding, 18.
[16]     Hollandais qui a quitté son père Adriaen Hegeman, établi dans la Nouvelle-Amsterdam (New York) en 1650. Shérif de Long Island, il dénonça au gouverneur Pieter Stuyvesant les menaces de la troupe de John Scot et dut accepter, le 12 mars 1664, la concession par le roi Charles d'Angleterre de la Nouvelle-Hollande et de la rivière Kennebec à son frère, le duc d'York.
[17]     Kelly, un nom anglais ou irlandais; cette famille résidait au Devonshire depuis le XIIIe siècle.
[18]     Edmunds est un nom gallois ou anglais, spécialement sur le détroit de Bristol.
[19] Spencer, Wilbur D., Pioneers on Maine Rivers, Lakeside Printing Company, Portland, 1930, p. 187.
[20]     The Trelawney Papers, 1636, p.81, note.
[21]           Me. Prov. &  Court Rec. i. 248.
[22] TANGUAY, op. cit. I, 223, fait naître Jean-Baptiste Edmond en Angleterre; il serait plutôt né à la Rivière Kennebec en 1664.
[23] New England Historic and Genealogical Register, 1965, 16-17.
[24] SYLVESTER, Herbert Milton, Indian Wars in New England, Boston, Clarke, 1910, II, 204 et 194.
[25] SYLVESTER, op. cit., II, 445.
[26] Maine Historical and Genealogical Recorder, 154-155; le texte se trouve à l'Annexe 1.
[27] Suffolk Deeds, Lib. XII., 290, 291: Brockings to Edmunds; ce contrat de vente est à l'Annexe 2.
[28] SYLVESTER, op. cit., II, 393.
[29] RAPQ, 1927-1928, 55, Mémoire du roi à Frontenac, 7 avril 1691.
[30] RAPQ, 1927-1928, 61, Frontenac au ministre, 10 mai 1691.
[31] Collections de Manuscrits, op. cit., II, 47.
[32] Il s'agit de Manhatten ou New York; Collections de manuscrits, op. cit.  II, 59.
[33] New England Historic and Genealogical Register, 1965, p.17.
[34] COLEMAN, op. cit., I, 172.
[35] COLEMAN, op. cit., I, 237.
[36] COLEMAN, op. cit., I, 272.
[37] COLEMAN, op. cit., I, 172. Pour Grace Hegeman, voir Joseph Egman in Mémoires de la Société généalogique canadienne-     française, vol. XXXV, no 2, juin 1984, 121-123.
[38] Registres de la paroisse Notre-Dame de Québec: Egman Joseph, né et baptisé les 4 et 5 mars 1693, fils de Denys et de Grace      Dalain[Dollen] d'Angleterre.
[39] Mass Archives 8, 36; Déposition du 31 mai 1694, citée par E. L. Coleman.
[40] RAPQ, 1927-1928, 125, Frontenac et Champigny au Ministre, 11 novembre 1692.
[41] Le Pallieur, 3 novembre 1696.
[42] RAPQ, 1928-1929, 370-371, Frontenac et Champigny au Ministre, 15 octobre 1698. Collections de Manuscrits, II, 309.
[43] Archives de l'Archevêché de Québec.
[44] DELQUEST, Augustus Wilfrid, Those Names of Ours, Thomas Y. Crowell Co., N.Y., 1938, 181 : Kelly, a distinctive Irish      surname; 118: Edmund, Edmunds, a Saxon personal Name.
[45] Genealogical Research, op. cit., 344-345.
[46] RAPQ, 1946-1947, 376, Ministre à Vaudreuil, 10 mai 1710.
[47] ROY, Pierre-Georges, Inventaire des insinuations du Conseil Souverain de la Nouvelle-France, Beauceville, 1921, mai 1710,      119-121.
[48] Archives du Séminaire de Québec, Manuscrits 435, p. 55.
[49] Voir le texte à l'Annexe 3.
[50] Roy, Pierre-Georges, Inventaire des registres de l'état civil conservés aux archives judiciaires du Québec, Beauceville, 1921,      191 : Les registres de 1691 à 1727 manquent aux archives paroissiales de Saint-Joachim ainsi qu'aux archives judiciaires.
[51] Du Breuil, 12 juin 1712.
[52] Registres de la paroisse Notre-Dame de Québec, 13 juin 1712.
[53] «Cahier de la Confrérie de Sainte-Anne», Séminaire de Québec, L'Ancêtre, III, 359.
[54] Du Breuil, 27 octobre 1715.
[55] BEAUDET, abbé L., Recensement de la ville de Québec pour 1716, Québec, 1887, 44 et 10.
[56] Registres de la paroisse Notre-Dame de Québec, 8 août 1719.
[57] Enfants de Joachim Marec et Marie-Marguerite Edmond: François-Jean (1713-   ); Marie-Marguerite (1715-    ); Charlotte       (1717); Marie-Anne (1718; 1er mariage 23 mai 1735 à Pierre Courtin; 2e mariage 21 mai 1753 François Hérault; sépulture 11      juin 1756); Marie posthume (1720-1725).
[58] RAPQ, 1939-1940, 112, «Recensement 1744» : Pierre Depois, veuf, cordonnier 59 ans, Marguerite Depois, 9 ans.
[59] Du Breuil, 15 novembre 1723.
[60] Jugements et délibérations du Conseil Supérieur, 30 avril 1731.
[61] Inventaire des pièces détachées de la Prévôté de Québec, 27 juillet 1733.
[62]

Linked toAYMOND, Jean-Baptiste; EDMOND, Charles-Jean; EDMOND, Jean-Baptiste; EDMUNDS, Robert; GIBAULT, Louise Marguerite; HAIMON, Jean-Baptiste; HAIMOND, Marguerite; HAIMOND, Marie Claire; KELLY, Mary; MOINEAU, Angelique

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